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samedi, 05 avril 2008

Peau noire, cheveux crépus et tout ce qui s'en suit

83a2a6e04281e5e9b521e29694d33bec.jpg"Se coiffer est devenue l’équivalent de se défriser"

- Juliette Smeralda -

 

Morceaux choisis d'une entrevue de la sociologue martiniquaise Juliette Sméralda, à l'occasion de la sortie de son livre "Peau noire, cheveu crépu, l'histoire d'une aliénation". J'apprécie particulièrement le final qui bouscule quelque peu le concept hypocrite de la discrimination positive.

 


Selon vous, les cheveux crépus des Noirs ne sont ni acceptés par les Noirs, ni par les Blancs. Pourquoi ? Pour comprendre le refus de son cheveu par le Noir, j’essaye de montrer que c’est une construction. Pour cela, je pars des rapports qu’il avait avec son corps et ses cheveux dans sa matrice originelle, en Afrique, où son corps était aimé, choyé. J’essaye de montrer comment la rupture avec cette matrice va le déstabiliser et changer complètement ce rapport à son corps. Je parle de la réalité de l’Esclavage et de la plantation, de la déportation de millions de Noirs enlevés à leur société d’origine pour des sociétés qu’ils ne connaissent pas et qui ne les reconnaissent pas comme faisant partie intégrante de leurs populations.


Cette rupture s’est cristallisée dans le cheveu ? Le corps est un médiateur. C’est par lui qu’on perçoit la réalité, qu’on perçoit l’autre et que la vie existe. L’art de la coiffure est unique au monde et prouve que les Africains faisaient grand cas de leurs atouts physiques. En Afrique, le soin du corps et du cheveu est une activité collective. Il ya une ritualisation du corps et du cheveu. Ce n’est que transporté dans le nouveau monde que l’Africain va développer une attitude de rejet de ses cheveux. Ce rejet commence dès la cale du bâteau où il est laissé dans un état de saleté. Quand il en sort, il est lavé puis exposé sur la place publique. Il y a un choc des cultures qui se produit à l’origine même. La dissociation des concepts du propre et du sale prennent, dans le contexte Blanc/Noir, une importance cruciale. Il y a alors un rejet du Noir, de sa couleur, de sa texture de cheveu.


Pourquoi le cheveu est-il si important dans notre société actuelle ? Le regard est déterminant dans la construction de l’identité de l’individu. Surtout quand on a l’impression que l’autre regarde son corps de manière monstrueuse, méprisante ou haineuse. A l’origine de la rencontre entre ces deux groupes humains, il y a le geste du Blanc qui consiste à frotter la peau du Noir du bout du doigt, persuadé que le noir de la peau est une couche de crasse qui s’en ira au lavage. Il y a le regard très dépréciateur que le Blanc pose sur le cheveu crépu également, en lequel il est incapable de voir de la beauté. Ce sont ces détails qui nous permettent de reconstituer les modalités du contact qui est imposé au Noir, aux origines de l’esclavage. Ces attitudes engendrent une véritable horreur, une "insupportation" de soi. On ne se tolère pas, on se détruit, on se fait des attaques au corps. Dans le cas des Noirs, ils le détruisent dans un réflexe de survie. Vivre aux cotés du Noir en permanence est une chose que le Blanc a toujours essayé d’éviter et l’on retrouve des traces de cela dans la littérature : vivre avec des gens trop noirs, c’est être incommodé en permanence.
D’où les techniques de blanchissement de la peau qui existent en Occident depuis le 18ème siècle. Dans le contexte Blanc/Noir, il faut atténuer la noirceur de la peau et c’est le Blanc qui donne au Noir l’exemple à travers la publicité pour ces produits qui dénégrifient le Nègre, comme les crèmes éclaircissantes. Le groupe qui domine a la force d’imposer son esthétique, son économie et ses canons de beauté.

 

Pour un adolescent qui se sent stigmatisé en raison de sa couleur de peau, une meilleure visibilité des Noirs ne peut-elle pas lui montrer qu’il a des chances de réussir ? Dans ce cas-là, c’est se battre pour soi mais pas pour que sa culture soit représentée en France, ce qui serait le cas s’il y avait des hommes politiques noirs, caribéens, indiens, mulâtres, et un désir de représentativité d’un groupe culturel. Une société c’est un ensemble, on ne peut pas vouloir médiatiser son corps pour dire : « Moi, si je vois des Noirs à la télé, je vais me sentir mieux et avoir le sentiment que j’ai de l’importance » ; et puis laisser tout un pan de ce qui fait que j’existe moi-même en tant que corps différent. Même si le dominant m’a dit que je ne suis qu’un corps et que j’ai oublié ma culture, je ne dois pas oublier que je fais partie d’un environnement qui a un sens, que je ne suis pas que biologisée, racialisée, socialisée. Quand je vois un visage noir à la télé, je suis très attentive à ce qu’il raconte. S’il ne dit rien qui m’intéresse et qui m’interpelle au plan culturel, je suis très vite désintéressée. Je ne me sentirais pas représentée par quelqu’un sous cette forme-là.

l'intégralité de l'entrevue

Une autre histoire d'aliénation chromatique 

Commentaires

Armstrong, je ne suis pas noir, je suis blanc de peau
Quand on veut chanter l'espoir quel manque de pot
Oui, j'ai beau voir le ciel, l'oiseau, rien rien rien ne luit là-haut
Les anges, zéro, je suis blanc de peau

Armstrong, tu te fend la poire, on voit toutes tes dents
Moi, je broie plutôt du noir, du noir en dedans
Chante pour moi, Louis, oh oui, chante chante chante, ça tient chaud
J'ai froid, oh moi, qui suis blanc de peau

Armstrong, la vie, quelle histoire, c'est pas très marrant
Qu'on l'écrive blanc sur noir ou bien noir sur blanc
On voit surtout du rouge, du rouge, sans sans sans trêve ni repos
Qu'on soit, ma foi, noir ou blanc de peau

Armstrong, un jour, tôt ou tard, on n'est que des os
Est-ce que les tiens seront noirs? Ce serait rigolo
Allez, Louis, alléluia, au-delà de nos oripeaux
Noir et blanc sont ressemblants comme deux gouttes d'eau
Armstrong - Claude Nougaro

Ecrit par : Madison | samedi, 05 avril 2008

On est d'accord Madi.
grand merci

Ecrit par : Djé | dimanche, 06 avril 2008

C'est trop vrai.

Ecrit par : Kablan | mercredi, 09 avril 2008

Nouvel article très intéressant...enfin, comme d'hab'!!!

Ecrit par : Penda | jeudi, 10 avril 2008

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