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09.01.2008

Hasards...

L'ONG Transparency International vient de publier son classement sur la perception du degré de corruption dans 179 pays du monde en 2007. Le Danemark et sa première première place obtient le titre de la nation la moins corrompue de la planète. La Côte d'Ivoire occupe la 150 ème place.
A l'image d'Assalé Antoine qui vient d'être condamné pour un un texte dénonçant la corruption dans le pays imaginaire nommé la Côte des mastodontes, un certain Hilaire Amo en avait fait de même à la fin du siècle dernier à travers un ouvrage jamais publié. Le pays fictif en question se nommait "Djonsin Gouéndjé" (litterallement Côte d'Ivoire en Gwa / M'batto) et le titre du roman est
la gabegie...


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Proposition de couverture pour la gabegie, le livre non publié d'Hilaire Amo



La gabegie
par Hilaire Amo (morceaux choisis)

 

A toi Papa,
Pour toutes les frustrations dont la Mère Patrie puis ton propre pays t’ont gratifié, en récompense des services rendus ;
Pour toutes les joies et le bonheur que la terre des hommes t’a refusés ;
Pour les tourments que t’ont causés le souci de la réussite de tes enfants et l’honneur de ta famille…

Et

A ceux de ta race :
Petites Gens du Tiers Monde,Eternels sacrifiés Qui comme toi, triment pour de maigres revenus,Et dont la sueur et le sang Nourrissent l’opulence de nos roitelets.

...

Le parc automobile de la CTM, Compagnie de Transport Mpimangonnais (littéralement abidjanais en Gwa / M'batto) qui datait des années des vaches grasses, avait vieilli. Avec la crise économique, la conjoncture comme on disait ici, la compagnie ne disposait plus de moyens suffisants pour le renouveler. Elle s’était même trouvée à une certaine époque au bord de la faillite. Il faut dire que les différents gouvernements qui s’étaient succédés depuis le début de la récession, avaient tellement pressuré les sociétés d’Etat pour réaliser des rêves aussi grandioses qu’inopportuns, que la plupart d’entre elles avaient dû mettre la clé sous le paillasson. La CTM elle, avec un peu plus de chance, s’en était tirée avec un dégraissage de personnel ainsi que le limogeage et l’arrestation de son Président Directeur Général, accusé de détournement de fonds.
Peut-être ce dernier avait-il réellement pris un peu d’argent. C’était chose courante au Djonsin Gouéndjé qu’un patron confonde sa poche avec les caisses de l’Etat. Et plus on était malhonnête, plus vite on pouvait espérer gravir les échelons de la fonction publique. Tenez par exemple, un tel était PDG d’une société nationale de transport maritime qui a fait faillite tandis que se gonflait démesurément, en un temps record, ses comptes personnels en Suisse. Il a été nommé ministre du commerce, c’est-à-dire à un poste où il pouvait encore mieux détrousser le pays.

...

On était bien au Djonsin Gouéndjé où chacun peut faire ce qu’il veut pourvu qu’il ne touche ni aux intérêts des caciques du pouvoir, ni directement à la portion congrue que ceux-ci consentent à accorder comme salaire aux travailleurs. Ce lieu était la porte de l’enfer et cette voie aurait pu être baptisée : «Avenue de la perdition». Car là, chacun pouvait se proclamer fakir, évangéliste, pasteur, prêtre, évêque, archimandrite, apôtre, seigneur ou même demi-dieu au sortir d’un songe diurne fait pendant sa sieste de quinze minutes ou au sortir d’un rêve tout éveillé. Et quand, assemblant quatre vieilles planches vermoulues, il avait implanté, sans autorisation, son bazar avec pignon sur rue, le rapport en espèces sonnantes et trébuchantes n’était, paraît-il, pas négligeable. Aussi trouvait-on des églises de tous les noms : église du treizième apôtre, église des sans cheveux, église nouvelle des prophètes du Christ, église venez et voyez, temple des rouges-gorges, temple des enfants du royaume, akpètèchi church, église amahouo, Iglesia de los fideles tontos, templo de los ladrones del señor, temple des adorateurs de mami Watta, temple des gbassa kléngbé, église de la guérison instantanée, église Satan est roi, église des femmes battues, Temple des maris cocus, gaunerkirche…

...

Ah sacré Djonsin ! Il fallait toujours et partout corrompre, d’une façon ou d’une autre, pour avoir ce à quoi on avait droit. Manquer de relations et d’argent, ne connaître personne de haut placé, à la Justice, à l’hôpital ou partout ailleurs, c’était être voué à ne jamais jouir de ses droits les plus légitimes.

...

Hilaire Amo (Alépé - RCI)

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