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mardi, 25 septembre 2007

Grille des tarifs

554fed894fe39e9854f16432621f446b.gifA l'instar de Mamadou Koulibaly et sa Rebfondation, de nombreuses voix s'élèvent en RCI pour dénoncer la corruption généralisée accentuée par un sentiment de totale impunité. La situation est telle que l'on peut considérer que cette crise politico-sociale en masque une autre, morale celle là. C'est donc à ce titre qu'un certain Assalé Tiémoko Antoine, à travers une lettre ouverte adressée au Président Laurent Gbagbo, tire à son tour la sonette d'alarme en braquant son objectif sur les dérives mercantiles pour l'admission aux concours de la fonction publique en Côte d'Ivoire.
Pour information, les "tarifs" indiqués ci dessous sont exprimés en francs CFA (1 euro = 650 FCFA).


Admission et corruption dans les écoles publiques

Excellence monsieur le Président, Par la présente, je viens très respectueusement m'adresser à vous afin de vous faire part d'un certain nombre de préoccupations qui perturbent mon intelligence depuis quelques années. Souffrez monsieur le Président, que je ne vous félicite pas ici, pour l'accord de paix de Ouagadougou dont vous avez été l'éclairé inspirateur: d'abord parce que des voix plus autorisées et plus audibles que la mienne, ajoutées à celles de ceux qui sont payés pour cela, l'ont déjà fait; ensuite, parce que par nature, je me méfie des idées qui se veulent unanimes et qui provoquent une sorte d'hystérie collective entretenue.

Excellence monsieur le Président, je ne saurais poursuivre cette lettre sans vous demander l'autorisation de me présenter afin de lever tout équivoque sur mes propos. Je me nomme Assalé Tiemoko Antoine, je suis né Ivoirien, à Koyékro sous-préfecture de Tiassalé, un village dont le nom vous rappellera, j'en suis sûr, quelques bons souvenirs de votre vie passée d'opposant politique. Je ne suis ni militant du FPI ni militant d'aucun autre parti politique de Côte d'Ivoire et j'entends bien le rester ; je ne suis pas un jeune patriote, je suis un patriote tout court et j'aime mon pays autant qu'il est possible à un être humain d'aimer raisonnablement son pays . Je vis dans ce pays mien depuis ma naissance et je n'ai jamais rêvé d'aller vivre dans un pays européen parce que j'estime que ce pays a les moyens de m'offrir tout ce dont j'ai besoin pour m'épanouir et vivre heureux autant que faire se peut. (...)

Pour l'injustice et la corruption, je voudrais m'autoproclamer ici, le porte-parole à titre provisoire,des jeunes diplômés nés enfants de pauvres; je veux parler de ceux qui ne peuvent pas s'offrir le luxe de prendre plus d'un repas digne de ce nom par jour. Oui monsieur le Président, je veux parler des diplômés nés enfants de pauvres qui, contrairement à ce que vous avez dit un jour, n'auront jamais les moyens de s'offrir le luxe de rêver de devenir un jour Président de la République dans la Côte d'Ivoire d'aujourd'hui. Les diplômés nés enfants de pauvres sont l'objet de la plus grave injustice qu'on puisse faire à un homme: l'obliger à opérer un choix entre les exigences de son ventre et sa dignité d'être humain.

Monsieur le Président, quand vous ne serez plus Président, ce que je ne vous souhaite pas, si vous vous promenez seul un jour dans les rues d'Abidjan, vous remarquerez qu'il y a des jeunes garçons et des jeunes filles assis en bordure de ces rues; vous remarquerez également que ces jeunes gens sont assis derrière des caisses sur lesquelles il est généralement écrit: "Dieu est grand ou Dieu vous voit"! Monsieur le Président, ces jeunes gens sont pour la plupart, des diplômés titulaires de Bac, de BTS, de Licences, de Maîtrises, de DEA et même de Doctorats; oui, ils ont ces diplômes et la profession que l'Etat de Côte d'Ivoire leur a proposé d'exercer est celle de gérants de cabines téléphoniques cellulaires.

Oui, Excellence monsieur le Président, la côte d'ivoire, ma Côte d'Ivoire, notre Côte d'Ivoire, la côte d'ivoire dont vous êtes le Président, est devenue la République des diplômés gérants de cabines téléphoniques, le seul secteur qui offre le plus d'emplois dans ce pays sans demander aux candidats de payer un, deux ou trois millions de francs CFA, comme cela se fait au niveau des concours organisés par l'administration publique. Oui, monsieur le Président, les enfants de pauvres; quels que soient leurs diplômes, n'ont aujourd'hui aucune chance d'intégrer l'élite de ce pays? Contrairement à ce que vous avez annoncé il y a cinq ans. En effet, comment quelqu'un qui n'a même pas de quoi s'offrir un repas digne de ce nom par jour, peut-il trouver un, deux, voire trois millions pour payer son admission à un concours organisé par l'administration publique de son pays ?

Oui monsieur le Président, je le dis, je l'affirme et je l'assume. Les concours organisés par l'administration de ce pays vôtre, que ce soit celui de la Police, de la gendarmerie, de l'ENA, de la Fonction publique ou organisés de façon interne dans n'importe lequel des Ministères, sont tous payants. Voulez-vous que je vous donne des chiffres ? Pour entrer au cycle supérieur Administration Publique de l'ENA, il faut payer deux millions; pour le cycle supérieur dit de la Magistrature, il faut payer deux millions cinq cent mille francs; pour le cycle moyen supérieur, il faut payer un million trois cent mille francs; pour le cycle moyen, il faut payer huit cent mille francs. Je ne dis pas que tous ceux qui réussissent ce concours ont forcément payé quelque chose; je ne serais pas honnête en prétendant cela; mais je dis et je l'assume, que le principe, c'est la corruption et le mérite, l'exception. (...) Pour le concours de la police et de la gendarmerie, il faut payer huit cent mille francs pour être un sous-officier, deux millions pour être un officier et trois millions pour être un commissaire de police. Pour devenir instituteur adjoint, il faut payer deux cent cinquante mille francs; pour les instituteurs ordinaires, trois cent cinquante mille francs, voire cinq cent mille francs en fonction de la crédibilité et de la réputation de la filière. Tous les concours sont payants et tous les responsables y compris les Ministres sont impliqués dans ce commerce juteux et honteux.

Je sais bien que ces responsables vous diront monsieur le Président : "que ce jeune homme apporte les preuves de ce qu'il affirme", ou bien même seront tentés de me poursuivre en justice. Je suis prêt à assumer toutes les conséquences de mes dires. Je n'ai aucune preuve à apporter et je suis dans mon tort; seulement, moi, je propose mieux: qu'on fasse venir de Gagnoa, le fétiche de vérité (le Gôpou), et qu'on demande à tous les responsables de l'administration publique ivoirienne impliqués dans l'organisation des concours y compris les Ministres de tutelle; qu'on leur demande de boire ce fétiche s'ils n'ont jamais perçu de l'argent de candidats, s'ils n'ont jamais introduit des listes d'admission parallèles, s'ils n'ont jamais exigé des places pour des candidats venant de leur famille, de leur région ou de leur ethnie, s'ils n'ont jamais fait du favoritisme dans l'administration qu'ils dirigent. Faisons cela et on verra combien d'entre eux survivront.

Excellence monsieur le Président, la situation est très grave; elle est si grave que même lorsque quelqu'un est admis à un concours avec son propre mérite, il éprouve un malaise moral à l'annoncer à son entourage. Il y a automatiquement une suspicion légitime sur son résultat. Prenez n'importe quel enfant qui joue dans la rue et demandez lui comment son grand frère est entré à la police? Il vous répondra avec son air innocent: "c'est mon papa qui a payé pour lui" ! On n'a pas besoin d'être diplômé de l'école polytechnique pour savoir cela. (...)

Excellence monsieur le président, comme le dirait Emile Zola, cette lettre est longue et il va falloir la conclure. J'ajouterais simplement qu'il faut que vous fassiez quelque chose. Car, lorsqu'un Etat qui se donne le nom de République propose à ses diplômés dont le seul tort est d'être nés dans des familles pauvres, l'humiliation quotidienne comme ration, il faut qu'il s'attende à être bien servi. Qu'on ne nous propose pas comme seule alternative, le militantisme politique ou la création de mouvements de soutien politiques; nous ne sommes pas tous doués pour ce métier dont la pérennité est liée à un mandat à la présidence de la République. Malgré tous les discours, nous voyons tout ce qui se passe dans ce pays et il y a des personnes qui seraient très mal inspirées de nous prendre pour des idiots. Vous l'avez dit vous-même que :"lorqu'un homme a le dos au mur, il ne peut plus reculer". Les diplômés nés enfants de pauvres que nous sommes ont le dos à un mètre de ce mur et ils pourraient bientôt avoir la lumineuse et embêtante idée de mettre fin à la célébration institutionnalisée des faux modèles, de la corruption et de l'immoralité.
par Assalé Tiémoko Antoine via le nouveau Réveil, Août 2007

Commentaires

J'applaudis le courage de ce monsieur. Les problemes dont il parle sont reels, et tous les Ivoiriens vivant ou ayant vecu en Cote d'Ivoire (a part les quelques pourcent dont les parents peuvent tout s'offrir) le savent, et en ont des preuves palpables dans leur vie quotidienne. Ces avertissements pourraient aussi se prover verediques. J'espere pour lui qu'on attentera aucun tort contre lui pour avoir exprime son idignation sur la situation de notre beau pays.
Nous esperons tous que les choses changeront pour le meilleur en Cote d'Ivoire. Prions aussi que le changement se fera des plus paisibles.

Merci de nous avoir apporte cet article, Djedji.

Ecrit par : 'Ivory' aka Amoin | samedi, 29 septembre 2007

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